les-ames-fortes-jean-giono-site-officiel.fr

Présentation

Nous reproduisons ici en fac-similé deux des « carnets de travail » de Giono ayant accompagné la campagne d’écriture des
(La chose naturelle) etc.
« La chose naturelle ».
C’est à partir de 1936-1937 que Giono recourt à l’usage de « carnets de travail » pour y consigner et y regrouper les « matériaux génétiques » de ses œuvres. Ces petits calepins à reliure spiralée, de format pratique (170 mm sur 110 mm) et facilement transportables, sont adoptés pour la première fois à l’occasion de la campagne d’écriture du
Il importe préalablement de tenter de se représenter aussi précisément que possible l’utilisation que Giono pouvait faire de ces carnets de travail. Plusieurs déclarations de sa part à leur sujet (dans le cadre d’interviews sur son métier d’écrivain), de même que des extraits de films et des photographies le montrant à sa table de travail, nous renseignent utilement à ce sujet – sans toutefois nous permettre de préjuger de l’usage qu’il pouvait faire de ces carnets en dehors des séances de travail « à l’écritoire », puisqu’il les emportait avec lui dans ses voyages, déplacements et autres activités. Sur son bureau, ces carnets se trouvaient disposés à gauche de la feuille manuscrite en cours de rédaction (ce qui explique l’orientation souvent en diagonale « sud-ouest – nord-est » de certaines des notations qu’il portait sur les pages du carnet accolé à son manuscrit). Giono ne recourait semble-t-il au carnet que lorsque survenait une difficulté de rédaction. À ce moment-là, les pages du carnet lui servaient de véritable brouillon : « bouts de phrase » pour un passage qui ne « vient » pas bien, ébauches de dialogue, etc., d’où l’aspect souvent très « propre » et la rareté des ratures sur les manuscrits, comme on pourra le constater sur celui des
Mais les carnets peuvent aussi accueillir des notations relatives à d’autres passages de l’œuvre que celui « en chantier », et au sujet desquels l’écrivain anticipe pendant la phase de rédaction. Giono les griffonne alors sur une page de carnet, sans souci de diachronie (ni de logique) par rapport au passage en cours, dont les notations préparatoires se trouvent ainsi parasitées. On trouvera aussi des « notes d’intention » ou « d’inspiration » très importantes pour comprendre la tonalité ou la portée que l’écrivain entendait donner à son œuvre : « Vers la fin, aigrir la dispute entre le vrai et le faux (c’est là qu’il faudrait faire shakespearien). Donner le ton dépouillé »
On tirera le meilleur profit (et, nous l’espérons, le plus grand plaisir) à confronter les pages de ces carnets à celles du roman publié en décembre 1949 chez Gallimard. Mais on ne cherchera pas forcément à « mettre en miroir » les notations des carnets avec des passages du texte définitif des
D’autre part, le travail de préparation dans les carnets de travail n’épouse pas obligatoirement l’ordre linéaire du récit, encore en construction au moment où Giono pose ces « pilotis » dans le carnet. On sait qu’il aimait, dans la conduite d’un récit, « ne pas savoir où il allait » – même s’il importe de nuancer cette déclaration. On trouvera ainsi un
Par ailleurs, tous les matériaux romanesques contenus dans ces carnets n’ont pas été utilisés par l’écrivain dans son roman. Certains passages de celui-ci ne renvoient qu’à des « zones blanches » dans les carnets, où ils n’ont fait l’objet d’aucune préparation semble-t-il. En revanche, de nombreux « pilotis » des carnets sont restés « en jachère ». Les personnages du curé et du pasteur, par exemple, ont reçu dans les carnets un traitement qui laissait attendre un sort plus développé dans le roman. Des prolongements (amont et aval) de l’histoire des Numance se trouvent aussi esquissés, qui ne seront pas repris dans l’œuvre. Plus troublantes encore, certaines notations semblent interférer avec des œuvres à venir de Giono, comme cette « petite ville méchante »
L’interface de visualisation du fac-similé de ces carnets est très intuitive et simple d’utilisation. Ses différentes commandes permettent un feuilletage aisé, ainsi qu’un agrandissement (« zoom ») très utile pour explorer certaines pages des carnets aux notations parfois enchevêtrées ou peu lisibles. On trouvera une transcription dactylographique de ces carnets dans le dernier volume de la

(La chose naturelle) etc.

« La chose naturelle ».

C’est à partir de 1936-1937 que Giono recourt à l’usage de « carnets de travail » pour y consigner et y regrouper les « matériaux génétiques » de ses œuvres. Ces petits calepins à reliure spiralée, de format pratique (170 mm sur 110 mm) et facilement transportables, sont adoptés pour la première fois à l’occasion de la campagne d’écriture du

Il importe préalablement de tenter de se représenter aussi précisément que possible l’utilisation que Giono pouvait faire de ces carnets de travail. Plusieurs déclarations de sa part à leur sujet (dans le cadre d’interviews sur son métier d’écrivain), de même que des extraits de films et des photographies le montrant à sa table de travail, nous renseignent utilement à ce sujet – sans toutefois nous permettre de préjuger de l’usage qu’il pouvait faire de ces carnets en dehors des séances de travail « à l’écritoire », puisqu’il les emportait avec lui dans ses voyages, déplacements et autres activités. Sur son bureau, ces carnets se trouvaient disposés à gauche de la feuille manuscrite en cours de rédaction (ce qui explique l’orientation souvent en diagonale « sud-ouest – nord-est » de certaines des notations qu’il portait sur les pages du carnet accolé à son manuscrit). Giono ne recourait semble-t-il au carnet que lorsque survenait une difficulté de rédaction. À ce moment-là, les pages du carnet lui servaient de véritable brouillon : « bouts de phrase » pour un passage qui ne « vient » pas bien, ébauches de dialogue, etc., d’où l’aspect souvent très « propre » et la rareté des ratures sur les manuscrits, comme on pourra le constater sur celui des

Mais les carnets peuvent aussi accueillir des notations relatives à d’autres passages de l’œuvre que celui « en chantier », et au sujet desquels l’écrivain anticipe pendant la phase de rédaction. Giono les griffonne alors sur une page de carnet, sans souci de diachronie (ni de logique) par rapport au passage en cours, dont les notations préparatoires se trouvent ainsi parasitées. On trouvera aussi des « notes d’intention » ou « d’inspiration » très importantes pour comprendre la tonalité ou la portée que l’écrivain entendait donner à son œuvre : « Vers la fin, aigrir la dispute entre le vrai et le faux (c’est là qu’il faudrait faire shakespearien). Donner le ton dépouillé »

On tirera le meilleur profit (et, nous l’espérons, le plus grand plaisir) à confronter les pages de ces carnets à celles du roman publié en décembre 1949 chez Gallimard. Mais on ne cherchera pas forcément à « mettre en miroir » les notations des carnets avec des passages du texte définitif des

D’autre part, le travail de préparation dans les carnets de travail n’épouse pas obligatoirement l’ordre linéaire du récit, encore en construction au moment où Giono pose ces « pilotis » dans le carnet. On sait qu’il aimait, dans la conduite d’un récit, « ne pas savoir où il allait » – même s’il importe de nuancer cette déclaration. On trouvera ainsi un

Par ailleurs, tous les matériaux romanesques contenus dans ces carnets n’ont pas été utilisés par l’écrivain dans son roman. Certains passages de celui-ci ne renvoient qu’à des « zones blanches » dans les carnets, où ils n’ont fait l’objet d’aucune préparation semble-t-il. En revanche, de nombreux « pilotis » des carnets sont restés « en jachère ». Les personnages du curé et du pasteur, par exemple, ont reçu dans les carnets un traitement qui laissait attendre un sort plus développé dans le roman. Des prolongements (amont et aval) de l’histoire des Numance se trouvent aussi esquissés, qui ne seront pas repris dans l’œuvre. Plus troublantes encore, certaines notations semblent interférer avec des œuvres à venir de Giono, comme cette « petite ville méchante »

L’interface de visualisation du fac-similé de ces carnets est très intuitive et simple d’utilisation. Ses différentes commandes permettent un feuilletage aisé, ainsi qu’un agrandissement (« zoom ») très utile pour explorer certaines pages des carnets aux notations parfois enchevêtrées ou peu lisibles. On trouvera une transcription dactylographique de ces carnets dans le dernier volume de la

Christian Morzewski

Professeur à l’Université d’Artois

Rédacteur en chef de la

Revue Giono

Jean Giono,

Journal (1935-1939), in

Journal, poèmes, essais, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1995, p. 233.

Jean Giono,

Lettres à la NRF 1928-1970, édition établie, présentée et annotée par Jacques Mény, 2015, p. 475-476.

Un exemple dans le carnet « Op. 28 », f° 47 r° : « Et par cet enfantillage des premiers temps de l’amour et qui n’était même plus comique dans une femme de » / « Et par un enfantillage qui était déchirant dans une femme de plus de 60 ans ».

Carnet « Op. 28 », f° 46 r°.

Carnet « Op. 28 », f° 48 v°.

Carnet « Op. 28 », f° 58 r°.

Carnet « 24 janvier 49 », f° 24 r°.

Carnet « 24 janvier 49 », f° 6 v°.

Carnet « 24 janvier 49 », f° 10 r°.

Ibid., f° 28 r°.

Ibid., f° 15 r°.